mer. 29 décembre 202115 mins luesFather Hans Buob

2ème Dimanche après Noël

Homélies bibliques sur les Évangiles du dimanche en lecture Année C

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Passages bibliques


Jean 1, 1-5. 9-14

Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.  Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.

Homélies bibliques


« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » (cf. verset 1)

Le prologue de l'évangile de Jean est quelque chose de très puissant et contient une théologie profonde. C'est pourquoi il vaut la peine de l'examiner de plus près - même si ce n'est peut-être pas toujours facile.

Les trois premières déclarations du prologue décrivent l'être éternel et divin du Logos. L'expression "Au commencement était le Verbe" doit être comprise comme faisant référence au début de l'Ancien Testament dans Genèse 1,1 : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » Le Logos dont Jean parle ici est le Christ. Il est le Verbe par lequel Dieu a tout créé, comme il est dit ensuite au verset 3 : « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. » Toutefois, ce Logos dépasse la parole de Dieu au matin de la création, car la Parole s'est incarnée à l'heure historique : Jésus-Christ lui-même est cette Parole, dont l'existence était déjà présente dans la préhistoire du monde, c'est-à-dire dans l'éternité divine. Si donc le mot "commencement" se trouve dans les deux cas, il y a une différence décisive : ici, dans l'Évangile, il ne s'agit pas d'un début d'existence du monde créé dans la Création, mais de l'existence pré-mondiale du Logos avant toute Création. Ce qui existait déjà au commencement a une prééminence sur toute création, comme l'exprime également Paul.

Le Logos n'a pas été créé, mais "il était", c'est-à-dire qu'il existait déjà lors de la création de manière absolue, intemporelle et éternelle. C'est pourquoi Jésus peut aussi dire dans Jean 8,58 : « avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS. » Ce "Je suis" exprime la présence intemporelle de Jésus. Il a toujours été, de toute éternité, et n'a pas été créé. L'expression "au commencement était le Verbe" ne désigne donc ici rien d'autre que l'être éternel et infini. Pour louer le Christ devenu homme, Jean souligne que, sans le corps de chair, Il existait déjà au commencement, donc avant la création. Il n'est pas devenu, mais Il était de toute éternité avec Dieu, comme une personne est avec une autre personne. Il était Dieu.

En revenant sur le début de la création ("Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre"), Jean montre l'origine éternelle et divine du Sauveur et Révélateur, qui était auprès du Père et qui vient de là : « Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. » (Jean 17,5) Ce n'est qu'à partir de cette connaissance de son éternité, de cette connaissance immédiate, qu'il peut nous apporter un témoignage de révélation pleinement valable. Si Jésus, la Parole, n'avait pas été de toute éternité auprès du Père, il ne le pourrait pas, car il ne connaîtrait pas pleinement le Père. C'est pourquoi ces phrases courtes et concises de l'Evangile de Jean sont très importantes. Cette préhistoire révèle aussi, à l'origine, la nature de Jésus-Christ. Dans sa nature, nous reconnaissons en même temps l'autorité de ce Christ terrestre.

C'est pourquoi la deuxième affirmation "le Verbe était auprès de Dieu" parle aussi immédiatement de la communion personnelle du Logos avec le Père, car il est dit : "et le Logos était auprès de Dieu". Cela signifie l'union étroite avec le Père - aussi bien dans la pensée que dans la volonté et l'action. Cette unité totale avec le Père, Jésus, le Fils de Dieu, la révèle ensuite à maintes reprises dans sa vie : « « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. » (Jean 4,34) Dans la prière du grand prêtre, Jésus parle de la gloire qu'il avait auprès du Père avant que le monde ne soit. Cette gloire repose précisément sur la proximité avec Dieu, c'est-à-dire sur la communauté de vie avec lui, qui lui a été donnée par l'amour du Père.

Le prologue de l'évangile de Jean exprime donc l'existence éternelle du Logos. La divinité de Jésus, qui a toujours été mise en doute et même attaquée jusqu'à aujourd'hui, est ici clairement exprimée. Le Logos, qui participe à la gloire du Père, à la vie de Dieu, est cependant la condition de base de toute la Bonne Nouvelle.

L'expression « le Verbe était auprès de Dieu » en dit beaucoup plus que des expressions comparables, comme par exemple dans le livre des Proverbes : "La sagesse qui était présente lors de la création..." C'est autre chose que le Logos, qui était vraiment là avant la création, et ce en communion personnelle avec Dieu, qui vit donc en Dieu et de Dieu. Il ne s'agit donc pas seulement d'un partenariat actif - on fait quelque chose avec ce Dieu -, mais d'un lien personnel, de sorte que l'on peut aussi exprimer cette coexistence - il était avec Dieu - par l'un dans l'autre. Le "chez Dieu" doit être compris dans notre perspective, dans la perspective du monde. "Le Père est en moi et moi en lui", exprime l'étroite communion du Logos avec le Père, qui se fonde sur l'existence pré-mondaine et existe vraiment entièrement et de toute éternité avec le Père. Dans Jean 1,18, Saint Jean réunit les deux par la parole : « qui est dans le sein du Père ».

Le point culminant est maintenant la troisième partie du premier verset : « et le Verbe était Dieu. » Traduit tout à fait littéralement, cela signifie : "Et Dieu était le Logos". Ici, Jean attribue au Logos le fait même d'être Dieu. "Et Dieu était le Logos". Ce "theos" (Dieu), qui précède cette phrase en grec, ne remplace pas le Logos, le "ho theos" cité précédemment. Il s'agit ici du Père. Le père n'est donc pas simplement remplacé par le fils, mais il s'agit maintenant de la nature de Dieu. Dieu était le Logos. Au contraire, le Logos est tout autant Dieu que le Père, avec lequel il est en communion de vie. Ce sont deux personnes, mais un seul être. Le mot "theos" désigne ainsi le fait que le Logos et le Père ont une essence commune. Cette plénitude de l'essence divine est la condition de base et la garantie que Jésus est tout autant Dieu que le Père et qu'il a donc le plein pouvoir de révélation et de salut. Cette affirmation est liée à l'activité du Logos dans le monde, à savoir à sa fonction de vie et de lumière pour les hommes - il est « la lumière des hommes » (Jean 1,4) -, mais aussi à sa communication de la grâce après l'incarnation.

« Au commencement était le Verbe » (cf. verset 1).

Après la déclaration d'essence précédente sur le Logos, Jean reprend encore une fois la phrase précédente : Le Logos était au commencement avec Dieu. Il exprime ainsi le point de départ du chemin de rédemption de Jésus. Il était auprès du Père et Il est sorti du Père pour retourner au Père, comme il est dit ailleurs. Son origine se situe avant tous les temps auprès de Dieu. C'est ce qui détermine Sa nature, Sa dignité et Son autorité.

« C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » (cf. verset 3).

Jean fait maintenant le pas suivant. Le Logos, le Christ, est impliqué dans la création. La manière dont il y participe n'est pas décrite, mais seul le fait en soi est rapporté. Tout est devenu par lui et sans lui, rien de ce qui est devenu n'est devenu. Il est ainsi clair que dans l'ensemble de la création, dans le monde spirituel comme dans le monde matériel, absolument rien n'a été créé en dehors de la Parole, sans la Parole, donc sans Christ.

Les deux premiers mots "est devenu", qui concernent la création, sont à l'aoriste, ce qui exprime le fait qu'il s'agit d'un devenir unique. La création et le devenir de l'homme étaient chacun un acte de création. Une chose unique peut être déterminée précisément à partir de son origine. Mais dans la troisième fois ("et sans la Parole, rien ne devint ce qui est devenu", c'est-à-dire ce qui est déjà créé), c'est le parfait qui est utilisé, c'est-à-dire pour toujours. Par la parole, quelque chose d'unique est donc d'abord créé, mais tout ce qui est créé de manière permanente est devenu par la parole. Tous les domaines de la création spirituelle et matérielle doivent leur devenir au Logos.

Dans les trois premiers versets, il ne s'agit pas encore de l'homme, mais de toute la création. Ainsi, l'affirmation "sans lui, il n'y a pas non plus eu d'Un" souligne une signification globale du Logos dans la création. De même que le Logos assume le rôle unique de révélateur et de dispensateur de vie pour la rédemption, de même rien n'arrive à l'existence sans lui dans la création. C'est par le Christ que s'opèrent à la fois la rédemption et la création tout entière. Jean précise que le Logos n'est pas une simple expression de la puissance créatrice de Dieu, c'est-à-dire un simple aspect de sa puissance créatrice, mais une personne. Ces déclarations sur le Logos veulent montrer et louer la grandeur unique de la Parole de Dieu incarnée. Jean anticipe cela avant de dire au verset 14 : « Et le Verbe s’est fait chair », afin que nous sachions qui s'est en fait incarné : le Christ, sans lequel il n'y a pas de salut et par qui tout voire chaque individu, est devenu.

« En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes. » (cf. verset 4).

Il s'agit maintenant de la relation du Logos avec le monde des hommes. Le verset 9 dit alors : « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. » L'importance du Logos est ainsi encore plus soulignée. Jésus est cette véritable lumière qui éclaire tout homme. En effet, dans Jean 8,12, Jésus dit : « Celui qui me suit (…) aura la lumière de la vie. » Il s'agit donc de la vie qui devient lumière et de la lumière qui est une puissance de vie. Les deux mots "vie" et "lumière" symbolisent donc la plénitude d'une vie pleine de sens, de transparence et de lumière.

Pour comprendre cette action du Logos sur l'homme en tant que lumière, nous pouvons également nous tourner vers les Psaumes ou vers la patience de Job. Ici, l’expression “lumière de la vie" signifie que l'homme jouit de la lumière du soleil. Mais comme cette vie est donnée par Dieu et vécue en face de Dieu, elle prend une signification encore plus profonde que par exemple dans le Psaume 26,1 : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ? », dans le Psaume 35,10 : « En toi est la source de vie ; par ta lumière nous voyons la lumière. » ou dans le Livre de la Sagesse 7,26 : « Elle est le rayonnement de la lumière éternelle, le miroir sans tache de l’activité de Dieu, l’image de sa bonté. » Alors qu'ici la sagesse est désignée comme le reflet de la lumière éternelle, dans le Livre de la Sagesse 7,10, la lumière de la sagesse est même préférée à la lumière créée : « Plus que la santé     et la beauté, je l’ai aimée ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. » 

Deux idées qui figurent ici sont importantes : d'une part, la puissance recréatrice et donneuse de vie de la sagesse et, d'autre part, son action dans les âmes de génération en génération. On pourrait dire : c'est le sens de la vie. Un homme qui n'accepte pas le Christ et qui vit de manière égoïste ou athée manque le sens de sa vie. Il ne sait pas d'où il vient ni où il va. Pour lui, tout est un hasard. Quel est le sens de tout ce qu'il fait, à part en profiter brièvement et mourir ensuite. Il n'y a ni lumière ni sens, rien qui puisse combler le désir le plus profond de l'homme d'infini et d'éternité. Or, l'accomplissement de ce désir intime de l'homme est la vie que donne le Logos. Il est Lui-même la vie et la lumière des hommes. Il doit remplir les hommes de sa vie spirituelle et divine conforme à leur nature. C'est ce qui distingue les hommes du reste de la création, des animaux et de la création inorganique.

Cette vie consiste premièrement dans la connaissance de la nature apparentée à Dieu, de l'image de Dieu. Le Logos est pour nous la vie. Il nous donne la vraie vie, celle qui illumine chaque être humain et cette vie consiste deuxièmement dans la béatitude de l'union à Dieu qui est en nous lorsque nous sommes totalement en contact avec le Christ et donc avec Dieu. Nous pouvons alors être heureux même dans la souffrance et connaître le bonheur le plus profond même en mourant, comme les martyrs par exemple. Cette béatitude de l'union avec Dieu leur est offerte. Troisièmement, cette vie signifie la sainteté du changement. Dans le Logos, la puissance divine de la vie était dans toute sa plénitude. En Christ, toute cette plénitude de vie et de lumière se trouve comme dans une fontaine inépuisable, alimentée par les profondeurs du fleuve de vie divin. Dans le passage Jean 5,26, ce dernier exprime une chose similaire : « Comme le Père, en effet, à la vie en lui-même, ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir, lui aussi, la vie en lui-même. » C'est au Logos qu'incombe la tâche de communiquer cette vie aux hommes. Il possède toute la plénitude de la vie. Il est la source inépuisable de ce courant de vie divin et il doit nous communiquer ce courant de vie. Il devient pour les hommes la source de la vie et le dispensateur de la lumière divine, par la communion avec le Christ, par la prière, par les sacrements, etc. Le Christ a assumé la fonction salvatrice pour les hommes depuis la création et a voulu l'accomplir pour toutes les générations. Il s'est fait homme pour nous racheter et nous communiquer cette plénitude de salut.

Le verset 4 regarde en quelque sorte vers le matin de la création et décrit l'ordre de la création dans lequel cette tâche incombe au Logos, au Christ. Cela est ensuite exprimé une nouvelle fois au verset 9 par le présent : « la vraie Lumière qui éclaire tout homme ». Cette phrase se situe au présent. Il est la vraie lumière qui éclaire. De même qu'en lui se trouvait la vie divine et éternelle sans limitation temporelle, aussi, dans le plan de Dieu, il est depuis toujours et pour toujours la lumière des hommes. Ce Logos est une personne divine qui s'est faite homme en Jésus-Christ afin d'accomplir sa mission auprès des hommes tombés dans le péché et les ténèbres.

Si nous pressentons ces liens dans leur profondeur, si nous pressentons qui est vraiment ce Christ, alors nous voyons clairement qui s'est fait homme et visible pour nous, qui s'est totalement abaissé pour nous : Ce que le Logos devait être pour les hommes selon le plan de la création, il l'est effectivement devenu dans sa mission historique pour les croyants, c'est-à-dire lors de son incarnation. Le verset 4 acquiert une clarté encore plus grande grâce à la révélation que Jésus fait de lui-même chez Jean. Dans l'évangile de Jean, Jésus se nomme lui-même "la Lumière du monde" et donne la possibilité de gagner cette lumière de vie. Ainsi, dans cette parole de lumière, on peut également entendre le salut final qu'il offre. Cette efficacité lumineuse du Logos s'étend de la création à l'accomplissement final en passant par l'incarnation. Elle vise en fait dès le début à ramener l'homme dans la lumière de Dieu. Il est la lumière qui éclaire tout homme. Il s'agit de la grâce de la rédemption, du salut, de la vie divine. Tout ce qui est nécessaire pour cela : la révélation, le don de la vie, mais aussi l'expulsion des ténèbres du péché et de la culpabilité, le dépassement moral des mauvaises œuvres et des mauvais désirs, tout cela fait partie de la lumière que le Logos répand.

« La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » (cf. verset 5)

Dans ce verset, Jean utilise soudain le présent de l'indicatif. La lumière brille. Aujourd'hui encore, Elle brille dans les ténèbres. Puis vient le passé, l'aoriste : les ténèbres ne l'ont pas saisie, c'est-à-dire que lors de la venue historique du Logos, lors de son incarnation, les ténèbres n'ont pas saisi la lumière. Elles n'ont pas saisi cette occasion unique.

Pour Jean, les ténèbres représentent tout d'abord le monde éloigné de Dieu. Mais elle est également une image de la puissance sinistre qui fait des hommes eux-mêmes des obscurcis, des aveuglés, comme cela est suggéré dans Jean 9,39 : « Jésus dit alors : ‘Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement : que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles.’ » Il s'agit donc dans ce verset 5 de ce monde humain aveuglé et voué au mal. Il est assimilé aux enfants des ténèbres. Dans la première lettre à Saint Jean (1 Jean 3,10), Jésus parle même des enfants du diable : « Voici comment se manifestent les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne pratique pas la justice n’est pas de Dieu, et pas davantage celui qui n’aime pas son frère. » Cette affirmation signifie également qu'une décision active propre est exigée de l'homme, à savoir la foi. Mais cette décision n'a pas été prise à l'époque. Pensons à tout l'entourage de Jésus. Ils n'ont pas réagi alors que la lumière était pour eux à portée de main. Jean a donc ici choisi et opposé très consciemment la forme du présent et celle du passé. Il sait que la luminosité du Logos ne diminue jamais. Jusqu'à aujourd'hui, la lumière brille dans les ténèbres. Sa luminosité perdure. Mais il sait aussi l'incompréhension et le rejet des hommes qui se sont fermés à cette action créatrice de Salut. Il a devant les yeux l'apparition du Christ, c'est-à-dire ce qu'il a lui-même vécu avec Jésus : le rejet de Jésus par les hommes et par le monde.

L'événement d'alors était un événement unique à un moment précis. C'est ce qu'exprime l'aoriste en grec. Mais c'est aussi l'événement unique et le moment de chaque personne à travers le temps. Jésus n'a pas seulement été rejeté à l'époque, mais il est toujours rejeté par les hommes. Le comportement des hommes de l'époque devient ainsi un avertissement pour nous aujourd'hui, afin que nous ne nous fermions pas à la révélation salvatrice du Christ. Il s'agit donc d'une parole d'exhortation. La lumière du Logos, qui continue de rayonner, veut qu’on la saisisse, et ce par la foi, qui fait de nous des enfants de Dieu, comme il est dit ensuite au verset 12, et par l'amour actif, qui permet à la lumière de pénétrer plus dans le monde des ténèbres : « Et pourtant, c’est un commandement nouveau que je vous écris ; ce qui est vrai en cette parole l’est aussi en vous ; en effet, les ténèbres passent et déjà brille la vraie lumière. » (1 Jean 2,8)

« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde » (cf. verset 9)

Après avoir regardé Jean-Baptiste aux versets 6-8, que l'Evangile d'aujourd'hui saute, Jean revient au Logos. Il était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant dans ce monde. Ici, l'affirmation de la lumière des hommes est donc encore une fois soulignée. La capacité éclairante du Logos est universelle et nécessaire pour les hommes de tous les temps, pas seulement pour ceux d’avant. Dans le Logos seul se trouvait la puissance de vie divine pour le véritable être pleinement humain de l'homme. Lui seul était la véritable lumière divine pour chaque homme. Il l'était. Mais ce qu'Il était, Il l'est et Il le reste.

Au verset 4, ce "il était" référait encore à l'ordre de la création, c'est-à-dire au Logos avant son incarnation : "En lui était la vie". Mais maintenant, l'illumination du Logos se réfère à la reconnaissance et à l'élection du bien, à la vraie lumière qui illumine chaque homme afin qu'il reconnaisse et choisisse le bien. Il se réfère ensuite à la destinée de l'homme et à son action selon la volonté de Dieu, à sa marche dans la lumière, qui conduit alors à la fin, à la pleine lumière et au plein salut de Dieu. En ce sens, le Logos était "la vraie Lumière", par opposition à une fausse lumière.

Cette "vraie Lumière" veut en outre exprimer la réalité et la plénitude d'être de Dieu. Le Logos possède une luminosité incomparable, issue de sa divinité, qui peut et doit se manifester en tout homme qui veut trouver son but. Il s'oppose ainsi également à tous les autres prétendus porteurs de lumière.

« Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. » (cf. verset 10)

Au regard de ce verset 10, l'expression "en venant dans le monde" du verset 9 devrait en fait se référer non pas à l'homme, mais à la lumière. La lumière est venue dans le monde. L'évangéliste fait donc ici référence à l'événement de l'Incarnation. Il dit ensuite au verset 14 comment la lumière vient au monde : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » Le Logos s'est fait chair.

Il était dans le monde, c'est-à-dire dans l'espace de vie des hommes, proche et accessible aux hommes, de sorte qu'ils pouvaient s'attacher à lui pour leur salut. Mais le monde - il s'agit maintenant de cet espace terrestre et historique dans lequel évolue toute l'humanité - ne l'a pas reconnu. C'est le constat bouleversant de ce verset.

"Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.". (cf. verset 11)

Ici est décrite une fois de plus la relation du Logos avec les hommes, la triste rupture que cette relation du Logos avec les hommes dans ce monde. Ils ne le reçoivent pas. L'utilisation du mot "monde" indique que le passage de l'ordre de la création à l'histoire est décrit. L'histoire est un processus naturel de devenir. Nous sommes dans le cours de l'histoire. Nous faisons l'histoire. Il s'agit essentiellement de l'histoire de l'humanité et il est question des actions et du comportement des hommes pour leur salut ou leur malheur dans l'histoire. L'accent est mis ici sur le fait obscur que le monde ne l'a pas reconnu et même, plus tard, que les siens ne l'ont pas accueilli. Le monde s'est donc volontairement fermé au Logos qui voulait l'éclairer et le conduire au salut, et a rejeté Dieu lui-même avec lui. Cette non-reconnaissance est un comportement malheureux par lequel les hommes se séparent de Dieu et s'excluent de Son domaine de vie. On pourrait aussi dire que le monde ne le reconnaissait pas.

Le douloureux fait que le Logos se soit heurté à un refus dans le monde est exprimé de manière encore plus tranchante, presque paradoxale, dans ce verset 11 : « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » Il est venu dans sa propriété, mais les siens, ceux qui lui appartiennent, ne l'ont pas accueilli. Il s'agit de la venue spirituelle du Logos dans ce monde humain obscurci, qui a en quelque sorte fermé sa maison au Logos qui s'approchait. Ici encore, le passé composé de l'aoriste "il est venu chez lui" exprime le fait que la rencontre entre le Logos et le monde s'est déroulée dans la réalité historique et se renouvelle sans cesse, c'est-à-dire qu'il est venu dans le monde à un moment historique bien précis et qu'il a été rejeté à ce moment historique précis. Mais ce moment historique s'accomplit toujours à nouveau dans la vie de chaque homme. Il vient chez lui - chez moi aussi ! - et je ne l'accueille pas. Cela se produit toujours à nouveau. Dans ce verset, le monde est appelé "propriété du Logos" parce qu'il Lui appartient par la création, car tout est devenu par Lui. Il est d'autant plus oppressant que les siens, qui ne sont devenus que par Lui, ne l'aient pas accueilli. Lorsqu'il est question ici des siens, il s'agit des parents les plus proches, de ceux qui sont le plus étroitement liés au Christ, parce qu'ils sont devenus par Lui et ne peuvent exister qu'en lui. Mais même eux ne l'accueillent pas. Ils rejettent ainsi pratiquement leur propre base d'existence. Ils refusent tout ce que le Christ veut nous offrir : la lumière, le sens, la plénitude et la joie, c'est-à-dire, en fin de compte, l'accomplissement de leur vie.

C'est pourquoi nous ne devons pas nous étonner, lorsque nous regardons notre monde aujourd'hui, ni du nombre de personnes insatisfaites et malheureuses qui ne font que se presser et courir pour attraper quelque chose qui leur apportera un peu de lumière et de bonheur. Le Christ est la plénitude. Il a fait le bonheur de tous les siens qui l'ont accueilli. Cela est attesté par les témoignages des hommes jusque dans le paradoxe du martyre : la joie au milieu de la souffrance. Cela n'est possible que si Jésus-Christ est vraiment la plénitude de notre vie.

« Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. » (cf. versets 12-13)

Au fait déprimant que le Logos, lors de sa venue dans le monde, s'est heurté à l'incompréhension et au rejet des hommes, Jean oppose maintenant des hommes qui l'ont accepté. Il leur a donné le pouvoir de devenir des enfants de Dieu. Pour Jean, la filiation divine est un don divin qui est offert aux baptisés sans qu'ils y soient contraints par l'amour divin. Il en découle bien sûr la tâche morale de faire ses preuves en tant qu'enfants de Dieu, comme Jean l'écrit dans ses lettres.

Dans l'expression « il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu », il n'est en fait pas question d'un épanouissement moral, mais du processus surnaturel de devenir dans le baptême. Par et dans le baptême, je suis devenu enfant de Dieu. Le verset 13 exprime alors clairement que nous ne sommes justement pas nés de la volonté de la chair ou de l'homme, mais de Dieu. En fait, Jean ne dit pas : "Deviens ce que tu es", mais : "Sois et montre qui tu es devenu par le baptême !" Le fait de témoigner de cette filiation divine est au premier plan.

Jean parle de l'acceptation du Logos dans la foi. La foi est l'attitude fondamentale nécessaire à la réception du salut. La foi au nom de Jésus doit signifier que l'on croit en la personne de Jésus dans toute l'étendue de ses révélations et que l'on doit également les affirmer. Par nom, on entend toute la personne, toute sa mission, toute sa prédication, toute sa révélation.

Dans ces deux versets, Jean explique très clairement que l'on ne devient pas enfant de Dieu par une naissance naturelle, ni par un processus de devenir naturel, mais par un événement surnaturel qui n'est accompli que par Dieu. La triple négation suivante l'exprime très clairement « Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. » (cf. versets 12-13). L'évangéliste fait donc allusion à une œuvre indisponible et finalement incompréhensible de l'Esprit divin, par laquelle cette génération de Dieu a eu lieu. Dans le baptême, Dieu a été engendré en nous. Par l'Esprit, nous sommes devenus enfants de Dieu. Jean souligne l'origine surnaturelle des enfants de Dieu pour mettre en évidence leur séparation d'avec le monde et leur lien avec le Logos, médiateur de la grâce et de la vérité divines. La procréation à partir de Dieu dans le baptême reste un mystère et constitue un acte unique d'origine divine et céleste. C'est pourquoi le passé composé de l'aoriste est à nouveau utilisé ici : « Ils sont nés de Dieu. »

« Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » (cf. verset 14)

Avec ce dernier verset, nous arrivons au point culminant de l'Evangile d'aujourd'hui. Même s'il s'est heurté au refus des hommes, le Logos était déjà présent et efficace dans le monde d'une manière spirituelle, car tout a été créé par Lui et tout subsiste en Lui. Mais maintenant, l'inconcevable se produit : il vient même dans la chair. Il devient homme et plante sa tente parmi les hommes. Et ce n'est que par cette incarnation que le Logos nous a rendus capables de participer à la filiation divine. « Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce. »  (Jean 1,16)

Le mot "egeneto" ( - "il est devenu", "le Verbe s'est fait chair") indique un changement dans la manière d'être du Logos. Il est devenu quelque chose qu'il n'était pas auparavant. Avant, Il était dans la gloire du Père. Maintenant, Il assume la bassesse de l'existence humaine. Avant, Il était avec Dieu. Maintenant, Il plante sa tente parmi les hommes, sous la forme humaine, c'est-à-dire dans la pleine réalité de la chair, pour ensuite, une fois revenu auprès de son Père, retrouver la gloire de son être céleste, comme il est dit ensuite dans Jean 17,5 : « Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. » Dieu lui redonne la gloire qu'il avait auprès du Père avant que le monde ne soit. L'incarnation du Logos désigne un tournant dans l'histoire du salut. Il ouvre les dernières possibilités de salut pour les hommes. Le chemin du Rédempteur descendant dans la chair et remontant à travers la chair vers la gloire céleste devient également un chemin pour tous ceux qui le rejoignent dans la foi.

Mais pourquoi Jean utilise-t-il ici le mot "chair" et non pas "homme" ? Par exemple le mot "homme" ? Le mot grec "sarks" exprime la pleine humanité de Jésus. Il était entièrement humain. Il se pourrait que Jean ait déjà pensé au discours sur le pain à Capharnaüm, où Jésus annonce à ses auditeurs : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jean 6,54). Éventuellement, cela pourrait aussi être l'expression du fait que le Logos n'ait pas pris un corps fictif, mais réellement la chair et le sang. "Il dressa une tente parmi nous", comme le dit ensuite la traduction littérale, exprime donc la réalité de l'incarnation, mais indique aussi qu'il ne s'agit que d'une habitation temporaire, car on démonte une tente.

Ensuite, Jean parle de « La gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » Il s'agit de la gloire unique qui revient au Fils de Dieu, la gloire de l'unique né du Père. On pourrait également traduire : La gloire du Fils unique de Dieu. Le Logos porte en lui la plénitude des dons de la grâce pour tous les croyants. Ainsi, ce ("charitos kai alepheias" -) "plein de grâce et de vérité" réfère certainement aussi au Logos. Cela vient probablement de l'hébreu. Là-bas, cette énumération est très courante depuis l'apparition de Dieu dans le buisson ardent : "heset va ehmet" - "grâce et vérité", "grâce et miséricorde". Ainsi, en Christ, le Logos, nous rencontrons la grâce et la vérité, la grâce et la miséricorde, la grâce et la fidélité - autant d'expressions de cette lumière qui illumine notre existence. Peut-être Jean pense-t-il aussi, en parlant de « la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité », à la Transfiguration sur le Mont Thabor.

Il est devenu évident que ce prologue de l'Evangile de Jean est théologiquement et incroyablement important. Mais si nous nous y penchons et si nous devinons qui est en réalité ce Verbe qui s'est fait chair et qui a campé parmi nous, qui s'est vraiment fait homme et qui, dans cette nouvelle manière d'être, est entré dans l'abaissement total pour nous faire sortir dans cette gloire du Père, alors nous pouvons nous émerveiller à nouveau. Et alors, ce mystère de l'incarnation peut nous apparaître d’une manière encore plus profonde de façon a ce que nous nous trouvons, tout comme Saint François, émerveillés devant l'enfant de la crèche. ∎