mer. 10 août 202210 mins luesFather Hans Buob

20e dimanche

Homélies bibliques sur les Évangiles du dimanche en lecture Année C

Ⓒ Photo by Guille Pozzi on Unsplash

Passages bibliques


Luc 12,49-53

Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »

Homélies bibliques


"Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !“ (cf. verse 49)

L'évangile d'aujourd'hui nous rapporte des paroles de Jésus qui nous paraissent d'abord très étranges. Ici aussi, Jésus s'adresse à ses disciples qui l'ont consciemment choisi et suivi, et non à des personnes qui se disent certes chrétiennes, mais qui ont totalement adopté la pensée et l'action du monde, comme c'est malheureusement largement le cas aujourd'hui. Pour de tels chrétiens, ce que dit le monde est pour ainsi dire déjà un commandement de Dieu. Ils ne remarquent même plus qu'ils se sont en fait complètement éloignés du commandement de Dieu. Mais Jésus s'adresse ici à tous ceux qui veulent résolument suivre le chemin du Christ. Il s'agit en fait du monde entier.

Jésus est venu "pour jeter du feu sur la terre". Il est venu pour allumer ce feu, et ce feu est le signe du Saint-Esprit. A la Pentecôte, ce feu est descendu sur les disciples et sur tous ceux qui étaient réunis. C'est pour cela que Jésus est venu et qu'il a souffert. Le but de sa souffrance, de son acte de rédemption, est l'envoi du Saint-Esprit pour jeter le feu sur la terre. Et Jésus aspire à ce que ce moment arrive et soit déjà là, où ce feu sera allumé. Sur la croix, nous découvrons comment Jésus, après avoir poussé son cri, insuffle en quelque sorte l'Esprit dans le monde, ce feu qui devient ensuite visible et audible à la Pentecôte.

Il est important que nous partagions ce désir de Jésus, cette soif du feu qu'il jette sur la terre, du Saint-Esprit. Ne cessons jamais de demander cet Esprit Saint. Il ne s'impose pas, mais il est libéré par la souffrance de Jésus. Il nous est donné, comme nous pouvons le lire ailleurs : "Si donc vous, qui êtes mauvais, donnez à vos enfants ce qui est bon, à combien plus forte raison le Père qui est aux cieux donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent". (Lc 11,13) Nous ressentons ici toute l'aspiration de Jésus : "Je suis venu jeter le feu sur la terre". Mais alors, nous devons nous aussi aspirer à ce feu, à l'Esprit Saint.

"Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli !“ (cf. verse 50)

Ici, le désir de Jésus est clair : il souffre jusqu'à ce qu'il soit plongé dans cette souffrance, à partir de laquelle l'Esprit Saint est envoyé sur la terre. Il aspire à ce baptême de souffrance. En grec, le passé composé est utilisé ici, il s'agit donc de quelque chose d'unique, précisément du point culminant de sa vie, de son don total dans sa souffrance et sa mort. Et il y aspire, car c'est la condition pour que le feu de l'Esprit Saint tombe sur la terre. Le désir de Jésus est en fait le désir de gagner les hommes par le Saint-Esprit. Le baptême de Jean dans le Jourdain était la préparation à la mission de Jésus en tant que Messie, le baptême de la passion sur la croix en est l'achèvement.

"Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »“ (cf. verse 51-53)

Quelles paroles effrayantes de Jésus : "Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, non pas la paix, mais la division". S'ensuit une description de la communauté de vie la plus intime. Si cinq personnes vivent dans la même maison, il y aura des dissensions. Cela nous semble étrange au premier abord. Jésus est pourtant venu apporter la paix. Et ici, il ne parle pas de paix, mais de discorde. N'y a-t-il pas là une contradiction avec d'autres déclarations ? Non, il s'agit simplement d'une constatation.

Comme nous l'avons déjà dit, Jésus est venu jeter du feu sur la terre, le Saint-Esprit. Mais que fait ce Saint-Esprit dans le monde ? Il opère le discernement. C'est pourquoi, par exemple, le vieillard Siméon dit à Marie dans le temple : "Celui-ci est établi pour la chute et la résurrection de beaucoup en Israël, et les pensées de beaucoup de cœurs seront révélées par lui - par Christ. Et le Saint-Esprit que Jésus envoie provoque exactement cela dans les cœurs des hommes : Il provoque et il divise ! C'est ce que Jésus dit ici. La conséquence de ce feu qu'il mérite sur la croix, de ce Saint-Esprit, sera que même jusqu'à la communauté de vie la plus intime de la famille, la discorde et la division régneront soudain.

Mais tout cela n'est pas une conséquence du christianisme, c'est la réaction du monde à l'action du Saint-Esprit. Le monde s'oppose à ce Saint-Esprit et à Christ. Il veut suivre sa propre voie. Il est égoïste. Il ne veut pas se soumettre à Dieu. Là où les gens sont saisis par le feu du Saint-Esprit et essaient de suivre Jésus, ils provoquent leur entourage. Nous en faisons l'expérience partout.

En grec, le mot "venu" est au parfait et exprime ainsi quelque chose de permanent. Jusqu'au retour du Christ, la situation sera donc permanente dans le monde : un chrétien qui se laisse enflammer par ce feu de l'Esprit et qui essaie de vivre honnêtement selon lui provoquera les autres - jusque dans sa propre communauté, dans sa propre famille. Jésus enlève ici toute illusion à ses disciples. Il leur dit clairement ce qui les attend s'ils suivent le Christ. Le royaume de Dieu ne vient pas sans souffrance ! Et ce divorce touchera aussi douloureusement les disciples. L'exigence de Jésus de se donner entièrement à lui et de le suivre va allumer, même dans la communauté humaine la plus étroite de la famille, une guerre intérieure, une discorde qui peut briser des liens très étroits.

C'est exactement ce que nous constatons régulièrement : des personnes au sein de la famille se plaignent qu'un conjoint suive le chemin avec Christ, se laisse vraiment enflammer par le Saint-Esprit - et provoque ainsi l'autre conjoint. L'autre conjoint veut vivre une autre vie, il ne veut pas vivre trop pieusement, mais profiter du monde et de la vie. Il remet en question ce nouveau mode de vie avec Dieu et quelque part, il sait - lui qui est normalement aussi chrétien - que le conjoint qui vit de manière décidée vit selon la parole et le commandement de Dieu. Mais c'est précisément pour cette raison qu'il s'y oppose, car il ne veut pas l'admettre. Il en résulte alors des dissensions et des divisions. L'Esprit de Dieu provoque celui qui ne s'y soumet pas, mais qui porte en lui l'esprit du monde et vit consciemment selon lui.

Il en va de même entre parents et enfants. Les jeunes qui ont retrouvé la foi à un moment donné et qui font maintenant un peu plus que prier un "Notre Père" par jour racontent régulièrement que leurs propres parents les traitent d'excessifs et de bigots et leur disent : "Je ne suis pas d'accord : Reste donc normal. Les autres jeunes ne font pas ça non plus. Reste donc comme les autres, etc. C'est exactement ce que Jésus a prédit.

Ce n'est donc pas comme s'il était venu pour créer des divisions. Il ne veut pas la division. Il veut l'unité. Mais là où ce feu du Saint-Esprit est présent, là où des personnes se laissent vraiment interpeller par lui et vivent une vie de dévouement au Christ, jusque dans la communauté de vie la plus intime, les autres qui ne veulent pas faire cela, qui veulent profiter de la vie d'une manière ou d'une autre, qui ne veulent donc pas respecter la parole de Dieu, les lois de Dieu, se sentiront provoqués. Ils trouveront toutes sortes d'excuses pour s'opposer à la partie croyante de leur famille ou de leur communauté. C'est une situation très concrète. Mais à la lumière de l'évangile d'aujourd'hui, nous pouvons mieux comprendre cette situation et, dans une certaine mesure, la supporter. Ne résistons pas à cela. Restons dans l'amour. Seul l'amour peut faire tomber les barrières. Ce n'est que par lui que l'Esprit de Dieu peut gagner les autres membres de la famille, de la communauté de vie étroite ou de tout groupe d'amis. Et c'est de cela qu'il s'agit. ∎