Fri, April 30, 202110 mins luesBernhard Meuser

Charité

Parmi les nombreux types d'amour, la charité active (latin : caritas) occupe une place particulière. Une interprétation basée sur la Bible et le Catéchisme.

Ⓒ Photo by Catholic link Español on Cathopic

Qu'est-ce que c'est ?


Parmi les différents types d'amour, la charité (latin : caritas) occupe une place particulière. Voir et servir les autres dans leur besoin est un chemin sûr vers Dieu, la source de tout amour. C'est Dieu, par l'intermédiaire de Jésus-Christ, qui nous a permis de participer à son amour inconditionnel et divin pour notre prochain. Dans Deus caritas est, le pape Benoît XVI a écrit : "La charité n’est pas pour l’Église une sorte d’activité d’assistance sociale qu’on pourrait aussi laisser à d’autres, mais elle appartient à sa nature, elle est une expression de son essence-même, à laquelle elle ne peut renoncer. ”

Que dit la Bible ?


Le commandement de la charité, de l'amour pour le prochain, est ancien. Il apparaît dès Lévitique 19,18 ("Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur") et se concrétise à de nombreuses reprises. Lorsque Jésus est interrogé sur ce commandement, il souligne à nouveau l'enseignement et l'approfondit : "Quel est le premier de tous les commandements ?" Jésus répond : " Le premier est : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. " (Mc 12,28-31) L'insistance de Jésus sur ce point est particulièrement tangible dans au moins deux passages. Le premier est le Sermon sur la montagne, où il dit : " Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. " (Mt 5,43-45) Le deuxième grand enseignement de Jésus sur la charité est la parabole du bon Samaritain (Lc 10,25-37). Dans cette parabole, ceux qui sont appelés à aimer ne le font pas, mais le Samaritain, un étranger parmi tous, s'avère être celui qui plaît à Dieu en aimant vraiment. Les facettes de l'amour sont richement développées dans la première lettre de saint Paul aux Corinthiens ("L'amour prend patience... rend service... il ne se réjouit pas de ce qui est injuste... ", etc. - 1 Cor 13). En somme, "celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. " (1 Jn 4,20)

Le petit catéchisme YOUCAT


Les ordres d'amour

La charité n'est pas tenue en haute estime. Une femme que je connais bien rend visite une fois par semaine à une dame alitée dans une maison de retraite. Elle le fait par véritable charité et non pour en tirer un quelconque profit. C'est particulièrement bon parce que cette vieille dame n'a plus personne. Elle dépend d'aides et ne peut même pas sortir du lit elle-même. Elle n'a pas d'enfants. Ses amis et ses parents ont perdu le contact ou sont déjà décédés. Cette vieille dame devient heureuse comme un enfant lorsque mon amie vient lui rendre visite. Et mon amie est aussi heureuse quand elle entend : "Regarde cette rose, tu me l'as apportée il y a exactement un an !" - "Mais elle n'est plus belle !" - "Mais elle est toujours belle parce qu'elle vient de toi !"...

De temps en temps, les gens disent à mon ami : "Visiter une maison de retraite ? Ce n'est pas pour moi ! Juste l'odeur ! " - comme si elle avait un hobby particulièrement exotique. Mais la charité est le plus grand des actes. Le philosophe et mathématicien français Blaise Pascal (1623-1662) coupe l'herbe sous le pied de toutes les objections imaginables.

A copy of the painting of Blaise Pascal made by François II Quesnel, which was made for Gérard Edelinck en 1691.

Qu'est-ce qui t’intéresse ?

Pascal parle de trois ordres dans le monde : l'ordre le plus bas est le matériel, mais les humains peuvent facilement tomber dans une fascination absolue pour celui-ci. Nous pouvons perdre des heures, des jours, voire toute notre vie, à nous occuper de collections de timbres, d'intérieurs ou de spécialités culinaires. Mais qui dirait que le monde matériel est l'ordre le moins important que l'on puisse trouver ? Il est, comme le dit Pascal, "infiniment surpassé" par le second ordre : l'ordre de l'esprit. N'est-il pas plus noble que l'humanité se consacre à de grands idéaux, lorsqu'elle donne tout pour que la liberté, l'égalité, la fraternité, ainsi que la connaissance, la compréhension, la beauté et la vérité se réalisent ? N'est-ce pas, en effet, infiniment supérieur à la dévotion aux choses matérielles ? Et pourtant, les réalités et les concepts les plus grands et les plus nobles du deuxième ordre ne sont rien comparés au troisième ordre, l'ordre de l'amour.

Le plus grand d'entre eux est l'amour

Et c'est ici - dans l'ordre de l'amour - que Pascal arrive à une découverte étonnante et pourtant immédiatement plausible, qui n'avait pas été formulée auparavant de cette manière : "Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et tous leurs produits, ne valent même pas le moindre élan de charité." Cela doit être médité lentement et soigneusement. Peut-être comme ceci : la larme que tu sèches de la joue d'un enfant, la sueur que tu essuies du front d'un mourant, le temps que tu passes avec une personne seule - tous ces petits actes sont infiniment plus grands, plus significatifs, plus proches du divin que les voitures chics, les manoirs et les yachts de luxe ou même qu'une pensée, la littérature et la philosophie. "Mais la plus grande des trois, c’est la charité ", dit Paul dans 1 Corinthiens 13,13 (un verset de l'Écriture qui mérite d'être mémorisé). YOUCAT 402 dit : "Plus l’homme aime, plus il devient semblable à Dieu. "

C'est là où nous en sommes avec la charité. On peut tout laisser derrière soi. Je n'ai pas besoin de collectionner des timbres, je n'ai pas besoin de monter sur une scène, je n'ai pas besoin de voir des pays étrangers, et je n'ai pas besoin d'escalader de grands sommets. Tout cela est agréable à avoir. Mais le commandement d'aimer est urgent. Une personne n'aime pas si elle n'aide pas quelqu'un qui est tombé. Un enfant qui, par amour, joue avec un enfant handicapé mental du même âge fait plus que celui qui construit le plus grand stade du monde, et même plus que celui qui a écrit un roman brillant et est connu par tous. L'enfant agit dans le troisième ordre, et le plus petit dans ce troisième ordre d'amour est plus grand que le plus grand dans les premier et deuxième ordres du matériel et de l'esprit. YOUCAT 321 explique depuis les profondeurs de Dieu pourquoi nous avons été placés vers le troisième ordre depuis l'éternité : Comme l’homme est « à l’image » de Dieu, il est, en quelque sorte, le reflet de Dieu qui, en soi, n’est pas solitaire, mais trinitaire (et donc : vie, amour, dialogue, et échange). En fait, c’est l’amour, le commandement central pour tous les chrétiens, par lequel, au plus profond de nous-mêmes, nous sommes unis les uns aux autres, et fondamentalement destinés à vivre les uns pour les autres : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (Mt 22,39).

A 62 ans, elle est allée chez les “chiffoniers".

Pour Sœur Emmanuelle, religieuse aussi populaire en France que Zinédine Zidane, la prise de conscience du sens de la phrase "le plus petit geste d'amour" a été le tournant décisif de sa vie. Elle, diplômée de la Sorbonne et passionnée par le savoir, a décidé, à 62 ans, de s'installer dans les décharges publiques du Caire, infestées par le typhus, parce que de nombreuses personnes y souffraient. Là, où les plus petits gestes d'amour étaient nécessaires, comme de l'air frais, du pain et de l'eau potable. C'était son appel dans l'Appel. Elle a enfin trouvé ce que Sainte Catherine de Sienne avait découvert sur la charité : "elle pleure avec ceux qui pleurent, et se réjouit avec ceux qui se réjouissent", est plus heureuse du bien-être d’un autre que du sien propre. Combien de sociétés existent où les gens vivent dans l'ombre de l'ignorance parce qu'ils passent entre les mailles du filet, ne sont couverts par aucune aide, et il n'y a pas de lois pour les sauver des pires situations. “Quant à la perfection à laquelle aspire la société humaine, elle ne s’obtient pas d’abord par des lois” dit YOUCAT 329, “mais par la pratique de l’amour du prochain, quand tous, sans aucune exception, ‘considèrent autrui comme un autre soi-même’” (GS, 27,1).

Il n'est pas permis de ne pas s'aimer soi-même

C'est un oubli de soi libérateur, l'une des plus belles choses sur terre. Mais il existe une attitude qui ressemble à l'"oubli de soi" mais qui est toxique. Il s'agit de l'altruisme fatal qui est courant, en particulier chez les femmes. Elles se donnent à tout le monde - leur mari, leurs enfants, la communauté ecclésiale - mais ne prennent pas soin d'elles-mêmes. Il y a des gens qui trouvent beaucoup plus facile d'"aimer" leur prochain que de s'accepter eux-mêmes dans leur faiblesse et leur misère avec un peu d'amour et, si possible, de miséricorde. Chaque chrétien devrait le savoir : Il n'est pas permis de ne pas s'aimer soi-même. C'est un péché, une offense directe à Dieu qui est "amoureux" de vous avec la plus grande intensité comme il est "amoureux" de tous les autres êtres qu'il a créés.

Et cela aussi doit être médité profondément : Je suis aimé non pas parce que je suis si grand, mais parce que Dieu a l'œil sur moi, parce qu'il est fou de moi, parce qu'il m'aime comme si j'étais le seul être entre le ciel et la terre. Sainte Thérèse d'Avila, la mystique, témoigne que Dieu nous aime plus que nous ne nous aimons nous-mêmes. Alors comment puis-je me mépriser quand Dieu m'aime infiniment même si je suis faible ?

Et le dominicain Meister Eckhart (1260-1328), lui aussi penseur mystiquement doué, donne ce critère d'examen de conscience : "Si tu t'aimes toi-même, tu aimes tout le monde comme toi-même. Tant que tu aimes une personne moins que toi-même, tu n'as jamais vraiment appris à t’aimer." ∎